Le Jury Pro de fin d’études à ArtFX : ce fameux jour qui revêt un intérêt différent selon les personnes conviées que l’on interroge et qui laisse exploser une multitude d’émotions sans jamais s’atténuer avec les années qui continuent de défiler.

Un ultime moment de stress. Une fierté sans commune mesure pour les familles. Une autre au moins aussi forte pour l’équipe pédagogique  (à qui le terme famille irait tout aussi bien). Une envie de découvrir de nouveaux talents. Un désir de voir ce qui se fait depuis qu’on a quitté l’école des années auparavant. Une curiosité sans borne pour un événement au sein duquel on finira un jour par y être un acteur.

 

C’est une fois de plus ces mêmes émotions que l’on peut ressentir aujourd’hui, et c’est avec un réel plaisir qu’en tant que prochain étudiant amené à se présenter sur cette même scène l’an prochain que je viens sonder l’événement.

 

L’occasion est effectivement trop belle. L’effervescence est très caractéristique de ces étudiants qui sont là pour tout montrer et les représentants des plus grands studios européens présents pour la cueillir en plein vol. Étudiant en 4e année, j’ai pour une ultime année la chance de pouvoir profiter de mon regard naïf et innocent  ; le regard de celui qui prend encore ses repères, prend exemple sur ses aînés et se demande toujours s’il sera à la hauteur lorsque son tour viendra.

 

C’est Caroline Souris, co-fondatrice du studio TeamTO basé à Paris, qui me donne son avis à chaud sur l’événement tout en me proposant des pistes de réflexion que je me devais de partager.

Caroline et TeamTO sont loin d’être des inconnus pour l’école, et inversement. Avec le temps s’est nouée une relation qui perdure encore aujourd’hui ; la présence à ses côtés de Sébastien Rossi, superviseur VFX chez TeamTO, n’en est que plus significative.

 

 

Caroline Souris des studios Team To


 

«   On a toujours embauché des gens d’ArtFX, depuis assez longtemps. Même à l’époque où j’étais à SPARX (Studio d’animation 3D avec, notamment, une antenne à Paris), période durant laquelle j’ai fait la connaissance de Gilbert Kiner (fondateur et directeur actuel d’ArtFX). Nous avons monté TeamTO en 2005, alors qu’ArtFX s’était également créée tout récemment. Cette école fait partie de celles qui sont importantes pour nous. Pour ma part, je n’avais pas pu être présente l’an dernier à cause d’un tournage. Au studio TeamTO, et comme un peu partout d’ailleurs, on se répartit toujours les jurys entre superviseurs pour venir voir toutes les écoles, en tout cas là où on a potentiellement besoin des talents qui y sont formés. Par exemple aujourd’hui je suis venue avec le superviseur VFX de TeamTO, puisque, effectivement, dans votre école il y a davantage de tournages VFX, etc.  »

 

Particulièrement bien informée sur l’école et son organisation, elle me donne son sentiment sur cette journée tout en soulignant la diversité des différents jurys qu’elle a pu observer au cours de sa carrière.

 

«  On trouve tous les jury d’ArtFX vraiment très bien organisés et très agréables. Ils sont tous différents. C’est ce qui fait la particularité et la singularité de chaque école. C’est toujours très émouvant en tout cas. Il y a souvent une grande salle de projection.»

 

Même entrain au moment de parler des films, malgré le fait que lorsque je l’interroge, nous sommes en pause et seulement les trois premiers films ont été diffusés («  Ocean Oddity  », «  Robot Therapy  » et Entre les lignes  ») :

 

«  J’ai vu de très belles choses, vraiment.  «  Robot Therapy  », par exemple, c’est magnifique, il y a tout pour faire un beau film. Ce film là, c’est particulièrement une très belle idée, avec de jolies choses dedans. On vous demande de faire des films et c’est déjà très compliqué ! »

 

Elle ne manque également pas de souligner l’utilité des making-of, et de la façon de les réaliser. Pour ma part, j’ai effectivement été très surpris et satisfait du traitement qui leur a été réservé  : Soignés, souvent drôles et plein d’humanité.

 

«  C’est sympa de faire les films accompagnés d’un making-of. Ça montre un peu l’envers du décor, ça explique les choses. Et c’est toujours très bien monté et bien présenté, souvent avec de l’humour. C’est très sympathique  !  » 

 

Beaucoup le savent déjà, et j’osais croire qu’il en était de même au sein de la plupart des studios représentés ce jour : l’école déménage dans de nouveaux locaux à la rentrée prochaine. L’occasion pour moi de sonder Caroline sur une éventuelle attente autour de cette nouvelle ère qui s’annonce.

 

«   Ça fait 15 ans que je fais des jurys et de toute façon les niveaux évoluent chaque année. Les étudiants sont de plus en plus autonomes à la sortie. Quand j’ai commencé, sincèrement les gens n’étaient pas du tout autonomes lorsqu’ils finissaient leurs études. Il y avait vraiment besoin d’une année de formation en studio. Là aujourd’hui, vous arrivez sur une production et vous êtes capable d’être opérationnel et réactif. C’est un bon point, un point important.  »

 

Ici, on oppose souvent le style «  London  » (ou plus généralement, les studios basés à l’étranger), où on demande des profils plutôt spécialisés, au style français qui réclament davantage de gens polyvalents. Je me demande alors si c’est une tendance qui se confirme aujourd’hui et demande à Caroline ce qu’il en est au sein de TeamTO.

 

«   Dans tous les cas, les boites qui font des VFX sur des films engrangent presque systématiquement des tâches répétitives à cause de la nature même du métier. Nous, chez TeamTO, on fait de l’animation 3D donc effectivement les gens sont davantage amenés à avoir différents postes et à être plus généralistes. On essaye simplement d’écouter les gens et ce qu’ils aiment faire ; aujourd’hui il y a des gens qui nous accompagnent depuis sept ou huit ans et qui ont évolué dans leur carrière et leur mission  ».

 

Chers amis ArtFxiens, cette dernière partie est pour vous. Lorsque je demande à Caroline ce qu’un professionnel comme elle et ses semblables sont en droit d’attendre d’un étudiant qui sort d’ArtFx, elle ne peut me répondre plus clairement.

 

«  De la passion. de l’autonomie, de la rigueur. Savoir écouter c’est important. Être humble aussi, un peu.  »

 

Lorsque nous sommes étudiants à ArtFx et moi le premier, nous avons souvent tendance à se mettre une pression monstrueuse sur les épaules dans le but de toujours faire mieux. Ou simplement par simple peur de ne jamais réussir à faire correctement ce qu’on nous demande. Je questionne Caroline en lui demandant si elle n’aurait pas un ultime conseil pour «  dédiaboliser  » un peu tout ça. Car, finalement, pas sûr que cette pression soit si bonne que ça.

 

«   Il y aura toujours de la pression. Il faut savoir que dans un boulot, quand tu arrives, on te donne un escalier à gravir avec des choses que tu sais faire. Les choses se font progressivement. Moi j’avais ce problème là quand j’ai commencé, je m’imaginais toujours qu’on allait me donner des choses à choses que je ne saurais pas faire. En fait non ça ne se passe pas comme ça, on te donne des choses que tu sais faire, et puis au fur et a mesure, tu acquiers de l’expérience et tu finis par te rendre compte que tu sais faire de plus en plus de choses et voilà, tout se passe bien, en général. »

 

Elle termine notre entretien avec une phrase qui ne saurait mieux résumer l’état d’esprit avec lequel chaque étudiant devrait attaquer cette journée de jury si particulière.

Alors, cher étudiant et professionnel en devenir, n’oublie pas que lorsque tu monteras sur scène et que tu sentiras tous ces regards venus des quatre coins du monde se poser sur toi : « On a tous été étudiant un jour, on s’en souvient  ! » Tout simplement.

 

Merci à Caroline Souris, co-fondatrice, directrice et personne charge des production au sein du studio TeamTO basé à Paris, pour sa gentillesse et sa disponibilité lors de la réalisation ce petit entretien.